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23/09/2018: MARTINE ou l’informatique des élections


Lorsqu’on parle d’informatique et d’élection, il n’y a pas que les ordinateurs de vote et le dépouillement assisté par ordinateur. Il existe également l’ensemble des logiciels d’assistance à l’organisation des élections.
De l’inscription des listes à la composition des bureaux principaux et à la collecte des résultats ainsi qu’à leur publication, on a recours à chaque étape à de l’informatique.

Nous allons vous parler de MARTINE, le système dont ni la presse, ni les autorités ne font état et qui pourtant est central dans l’organisation des élections.

Présentation

MARTINE est un acronyme ou une abréviation qui signifie: "Management, Registration and Transmission of Information and results about Elections".

C’est pour remplacer, fin 2014, le contrat de transmission digitale des résultats électoraux que le projet MARTINE a été lancé. L’Etat fédéral, responsable de l’organisation des élections fédérales, régionales et européennes, ainsi que les entités fédérées, responsables des élections locales ont coopéré pour participer à un appel d’offres afin de développer une nouvelle application.

C’est la société CIVADIS qui a remporté l’appel d’offre et qui fournit MARTINE, le système qui sera utilisé en 2018 et 2019. La société CIVADIS a sans doute profité de l’expérience de la société STESUD qu’elle avait rachetée et qui fournissait la solution précédente CODI.

Comme on ne change pas une équipe qui gagne (!), ce serait à nouveau la société PwC qui sera à la manoeuvre pour l’audit et la certification de la solution. Pour rappel, on doit le bug de 2014 et son absence de détection à STESUD et PwC.

MARTINE n’est pas une application lourde qui s’installe sur l’ordinateur du Président, c’est un site web offrant un ensemble de modules qui, pour fonctionner, font appel à une série de services. On utilisera sa carte d’identité électronique avec son code pin pour s’y connecter, sans doute en utilisant le service CSAM. Les documents produits, tels que les procès-verbaux, seront signés à nouveau avec la carte d’identité électronique en utilisant e-contract.

MARTINE contient entre autres un module de gestion des dépôts pour les listes électorales qui permet au président d’un bureau principal de valider définitivement les listes de candidats pour sa circonscription.

Cet encodage électronique doit permettre d’automatiser une série de contrôles sur les données encodées au regard de la législation en vigueur.

Donc même là où le vote est papier, MARTINE est utilisé, et pas qu’un peu. Le système sert a établir les bulletins de vote et à les faire imprimer. Le jour des élections locales, c’est MARTINE qui est chargé de procéder à la totalisation finale, à la répartition des sièges et à la désignation des élus.

En savoir plus

Quentin Kaiser qui avait déjà étudié le code source des élections en 2014, a voulu en savoir plus sur MARTINE et a documenté ses découvertes.

Le portail des élections communales et provinciales du 14 octobre 2018 contient un grand nombre de documents à propos de MARTINE:

Faut-il s’inquiéter ?

PourEVA s’est toujours focalisé en priorité sur le vote électronique, l’ordinateur et le logiciel utilisés dans l’isoloir. D’autres aspects de l’élection n’ont cependant pas été oubliés, tel le dépouillement assisté par ordinateur, le danger de l’utilisation de la carte d’identité électronique pour le secret du vote, et le transfert électronique des résultats (voir critère 6 de Quelques critères pour pouvoir juger du caractère démocratique d’un système de vote et de dépouillement).

MARTINE se situe dans cette dernière partie du transfert des résultats, voire des procès-verbaux des bureaux de vote. La Belgique expérimente ces transferts depuis de longues années, même avant qu’une législation l’autorise.

Une des questions essentielles est de savoir si ce sont les résultats définitifs et officiels qui sont ainsi transportés sur internet entre des centaines d’ordinateurs et des serveurs, ou si l’on parle de résultats provisoires, non définitifs, qui seront confirmés par l’envoi des procès-verbaux papier, dûment signés.

Pour pouvoir garder le résultat des élections sous le contrôle des citoyens, il faut que cette phase de transfert soit vérifiable.
La plus simple façon de garantir cela est de rendre publics les résultats dans les bureaux de dépouillement et de totalisation. C’est-à-dire avant qu’ils ne soient transmis. C’est tout d’abord important par respect pour les témoins des partis politiques qui ont pu voir les résultats disponibles sur le site des élections avant même qu’ils ne les aient reçus. C’est aussi important pour ne pas limiter la connaissance des résultats aux seuls représentants des listes présents, mais pour les faire connaître à l’ensemble des citoyens. Ces résultats pourraient être affichés publiquement et annoncés le soir même. Libre ensuite aux citoyens de vérifier que la somme des résultats annoncés est bien correcte.

On peut légitimement réclamer, comme pour tous les autres logiciels qui manipulent nos votes, que la transparence soit faite, et que les sources soient rendues publiques. Libre ensuite à des informaticiens d’examiner le code source et d’analyser la sécurité du système.

Et c’est sur la sécurité de ce système que se posent beaucoup de questions, surtout parce que le système est connecté à internet et qu’il pourrait potentiellement faire l’objet d’attaques venant de n’importe où.

Bref, MARTINE, n’est pas une innocente jeune fille, et peut se révéler un danger pour la sauvegarde de notre démocratie car rend difficile voire impossible le contrôle des citoyens sur les résultats de l’élection. La vigilance est donc de mise.

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